L’heure du bilan ?

Publié le par Ludovic

« Cela fait 1 mois que nous sommes rentrés et nous n’avons toujours pas de bilan sur le blog ? »

« Je sais mais je ne peux pas, je n’y arrive pas ! Même si mon corps est bien rentré en France, mon esprit lui s’est perdu quelque part au milieu de l’océan Indien ou bien dans les airs entre l’Asie et L’Europe. En trois mots, je suis paumé ! »

Le présent reprend le dessus avec trop de force et donne presque l’impression que cette parenthèse enchantée de 6 mois n’a jamais existé. Ce présent nous vide notre mémoire instantanée de nos plus beaux souvenirs. En fait, j’aimerais trop que mon esprit soit resté là-bas, mais non, c’est fini ! Alors, c’est trop difficile d’en parler et encore plus impossible de faire un bilan, de clore ce chapitre de notre vie, de tourner la page. Et puis les bilans font parti de ces inventions contemporaines qui nous pourrissent la vie. Il faut tout justifier, c’est un peu l’antonyme de la liberté ! Cette liberté que nous avons touchée du doigt pendant 6 mois et qui semble s’être subitement éclipsée. Ce manque laisse une sensation de vide que ni le travail ni les courses à Auchan ne peuvent comblés. Alors on souhaite à tout prix meubler ce vide par x nouveaux projets histoire de se dire qu’on est bien vivant dans ce nouveau présent et pour mieux se détacher de ce merveilleux passé. On s’active en tout sens pour ne pas penser à quel point nous étions bien. Je pense que nous voilà contaminés, non pas par la crise de la quarantaine mais par le virus du voyage et une chose est sûre, il nous faudra certainement un jour repartir. Alors peut-être que Valérie a raison, on peut écrire ce bilan un peu comme un exercice thérapeutique histoire de tourner la page du premier tome pour s’autoriser à parler de ce qui n’est plus qu’un souvenir, comme pour marquer le passage du passé au présent. Dans le fond, ce n’est qu’une histoire de logistique cérébrale, un peu comme nous avons du défaire notre valise à notre retour.

Pour les enfants, cela semble plus simple. Ils se fondent dans leur nouvelle vie retrouvée comme du beurre. On a même l’impression qu’ils compensent ces quelques mois d’absence en profitant à fond de ces journées d’école avec leurs copains. Bref tout va bien pour eux dans le meilleur des mondes et ils nous impressionnent par leur capacité d’adaptation. Et pourtant, il m’arrive de surprendre l’un ou l’autre, rêveur, un brin de nostalgie dans les yeux, en apercevant un avion les survoler. Je pousse le vice un peu plus loin en demandant « cela vous manque ? », « oui ». « On repart demain ? », « oui » et juste Simon qui temporise en disant « oui mais il faut que je prépare ma valise quand même ! ». Eux comme nous ont compris que notre expérience était exceptionnelle et c’est surtout maintenant que nous sommes rentrés que nous nous en rendons compte. Mais le plus beau, ce n’est pas Bangkok, la Laos, la muraille de Chine ou encore les dragons du Komodo, c’est le fait d’avoir fait toutes ces découvertes ensemble et rien que pour ça le voyage a tenu toutes ces promesses. Même si le voyage est une ouverture vers les autres, il est aussi très intime, une sorte de cheminement inconscient. Alors on ne peut pas tout dire. Nous relatons des anecdotes, des détails pratiques sur notre vie en voyage mais il y a beaucoup de choses qui restent enfouies en nous, sans vraiment savoir quoi, quelque chose qui nous noue davantage sûrement. On sait que c’est le plus important mais on ne sait pas le raconter.

Même si les journées ensoleillées et les copains sont là pour nous accueillir, ce retour nous gifle pourtant comme la brise. La redécouverte de notre pays nous donne un sentiment songeur. On ne voit plus ce pays de la même façon. La France nous apparaît subitement comme un vieux pays marqué par la décroissance. Ce n’est pas que l’industrie qui a été externalisée aux confins de l’Asie mais aussi la modernité et le dynamisme. Loin de moi l’idée de tenir un discours libéral mais à visiter toutes ces capitales asiatiques, nous avons vraiment l’impression d’être à la traîne. Certes tout n’est pas rose dans ces pays, loin de là. L’élan économique laisse derrière lui des gouffres inégalitaires et des sociétés qui vivent en parallèle. L’ouverture à l’économie de marché agit comme un séisme qui démolit tout pour tout reconstruire sans prendre le temps de consolider les bases sociales et environnementales du développement. La démocratie reste un voeux pieux et la peine de mort est toujours d’actualité… Mais il existe dans ces pays une vitalité contagieuse qui fait croire que tout est possible. Alors si un jour se présente l’opportunité de s’expatrier sur ces terres lointaines, notre décision sera très vite prise !

Je crois que c’est cela qui nous a le plus marqué, cette vitalité qui laisse toujours un sourire sur le visage de la personne qui nous reçoit, nous conseille ou nous sert. Elle se transforme en plaisir communicatif. Certainement, la possibilité de prendre le temps, nous rend plus réceptif à l’autre, plus à l’écoute, plus ouvert. C’est sans doute aussi l’effort que nous devons faire ici pour ne pas lire que la morosité sur les visages.

Et puis si ce voyage était à refaire, nous partirions de nouveaux sans hésiter et certainement plus longtemps encore. Alors oui, on ne choisirait peut-être pas exactement le même itinéraire mais cela reste secondaire et presque sans importance. Un voyage n’est pas une course contre le défilement des pages du guide du routard ! Quand on prend le temps, les merveilles sont à chaque coin de rue et le bonheur dans l’instant présent d’une rencontre, d’un sourire et d’étoiles dans les yeux des enfants.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Les Six 16/06/2015 12:46

Bravo pour ce bilan!
Comme on vous comprend, à l'heure du retour nous aussi...
Vous avez vécu une aventure unique mais le voyage est intérieur et ce trésor vous appartient.
Haut les coeurs!
Aurélie

boris 31/05/2015 14:01

Selamat pagi,
ben oui nous sommes en Indonesie depuis peu :-)

je te comprends tellement sur le côté "vitalité" de L'asie, les sourires, la spontanéité, la générosité qui fait que le retour en France peu sembler sombre. Il ne faut pas idéaliser non plus car effectivement une partie de la population vit quand même très difficilement.
Malgré nos voyages précédents nous savons que le retour va être dur car cette notion de "temps", de "liberté" de pouvoir profiter sans les contraintes quotidiennes est une chance exceptionnelle qui se termine par l'atterrissage à CDG.
Mais comme tu le dis, ce "virus du voyage" disparait rarement et rien n'empêche de déjà penser au suivant !!!!
bon courage à vous
boris

Evelyne 31/05/2015 00:12

Allez tiens, un petit coup de blues - ou plutôt de reggae indonésien : Kulit kacang, la chanson sur les voyageurs qui repartent...
Voir là : http://balisolo.com/2013/12/24/musique-vacances-bali-kulit-kacang-specialite-amed-chanson-des-voyageurs/
PS je préfère la reprise dans la rue que la version originale !!

Nathalie 29/05/2015 23:05

Du bonheur, il y en a partout, il faut juste le prendre où il est : les enfants, les amis, tous ces petits riens qui nous donnent le sourire ou nous font rire aux larmes comme certains mots d'enfants totalement inattendus qu'on a tous entendus à un moment. Et ces petits mails d'alerte qui me permettaient de suivre vos aventures faisaient partie de ces petits riens... Aller, gardez le moral, ça aurait pu être plus dur encore en revenant au milieu de l'hiver ;-)
Biz

fafa 28/05/2015 07:57

2....je viens de trouver une solution...des vacances a longueur d annee...mais les retraites ne vont pas etre d accord! Gros bisous...et bon courage....n oublieez pas que nous avons aussi reves grace a vous

fafa 28/05/2015 07:26

Tu ecris super bien et a la limitecdes larmes...mais je pense qu il y a une difference entre voyage loisir et travail a l etranger...mais garder vos rêves et pourquoi pas? Gros bisous

Evelyne 27/05/2015 22:29

... non, non pas paumé, c'est le voyage qui se poursuit, cet espace de liberté, place aux sens, aux émotions, les découvertes, la curiosité, l'ouverture... Continuez à planer, ça diffuse, ça s'empreigne... Bon, Lulu, le voyage c'est de la philo

TonTon 27/05/2015 22:26

Snif!!